Jeudi matin, c’est le grand jour ! Mon auberge ayant la bonne idee de n’activer l’eau chaude que quelques heures apres ma mise a nu, c’est passablement frigorifie que je termine mon sac et me dirige vers l’agence chez qui j’ai reserve mon circuit. Il est 8h00, le soleil brille, le fond de l’air est frais et j’ai hate de franchir la frontiere bolivienne.
Apres une petite quinzaine de minutes en minibus, nous arrivons a la frontiere chilienne. Legere periode d’attente, l’occasion de faire connaissance avec les autres participants et c’est reparti, pour une heure cette fois. Nous sommes 11, qui serons repartis en deux groupes une fois le poste d’immigration bolivien franchi. Nos jeeps nous y attendent, et apres avoir fait tamponner nos passeports, nous nous repartissons dans les vehicules. Un couple francais, un couple allemand et un chilien seront mes compagnons d’aventure. Notre chauffeur Nowel s’occupera de l’intendance et rebouchera le trou present dans le pot d’echappement quand l’odeur dans la cabine deviendra trop forte. Notre jeep, une Toyota Landcruiser agee de 20 ans, avale les sentiers de terres et les rochers qui les parsement avec une aisance deconcertante. Je suis impressionne par sa resistance. Tout tremble, on a l’impression que les portieres vont s’ouvrir au moindre choc, et le volant que tient Nowel a plus tendance a indiquer une conduite en derapage permanent plutot que la gestion d’une bonne ligne droite.
De nombreux tours existent pour traverser le salar de Uyuni et rejoindre ainsi la Bolivie a partir du Chili. Le trajet est possible egalement en sens inverse et moultes agences se partagent le gateau. Les legendes urbaines les entourant sont legion, et se retrouver en presence d’un chauffeur ivre ou imprudent semble etre chose courante. Heureusement, Nowel s’avere etre un conducteur experimente, fort de 8 ans de metier, et adepte de la coolitude motorisee. Nous sommes souvent les derniers du convoi (pres de 60 jeeps effectuent la traversee quotidiennement), evitant les nuages de poussieres et ayant ainsi l’opportunite de profiter des arrets sans etre perdu dans une foule de touristes. Et parce que tout voyage en jeep implique l’usage des 4 roues motrices, Nowel n’hesite pas une seconde a emprunter des chemins paralleles parfois pires que la route officielle, pour le plus grand bonheur de ses passagers.
La premiere journee nous donne l’occasion d’apercevoir un grand nombre de lagunes. Blanche, verte, coloree, chaque teinte provient de mineraux, de micro-organismes,… Certaines lagunes sont recouvertes d’une fine couche de glace, et dans cette partie aride de la Bolivie, il a neige il y a 5 jours. Rien a dire, les paysages sont a couper le souffle. Vers 15h00, nous arrivons au refuge ou nous passerons la nuit. Legere collation, rapide sieste, visite de la lagune Colorada situee non loin de la, et nous nous retrouvons tous a table a converser joyeusement. Nous sommes a 4500 metres d’altitude et, visiblement, mes trois nuits a San Pedro ne m’ont pas totalement acclimate a l’altitude. Un bon vieux mal de tete m’accompagne durant une bonne partie de la soiree, et disparait en milieu de nuit. Sac de couchage, double dose de couvertures, je m’endors comme un loir en me rappelant les -12 degres que j’avais affronte la veille lors de ma visite au Geyser de Tatio…
Notre deuxieme journee a un debut similaire a la premiere. Nous sautons de lagune en lagune, apercevant renard et flamands roses. Nous nous alternons pour satisfaire les besoins de Nowel en matiere de musique, branchant nos lecteurs a tour de role. En debut d’apres midi, premiere approche des salars inferieurs a celui de Uyuni. Une grande etendue blanche que nous franchissons a vive allure, sautant au-dessus d’une ligne de chemin de fer. Un rapide passage dans un petit village histoire de faire quelques provisions, et nous nous dirigons vers l’Hotel de sel ou nous passerons la nuit, situe en bordure directe du salar de Uyuni. De belle constitution, il fait partie de ces hotels qui remplacent celui construit en plein milieu de ce desert de sel il y a quelques annees et qui est devenu un musee a present, suite a la pollution qu’il produisait. Au loin, ce n’est que du blanc, separe du ciel par quelques montagnes qui se profilent dans la lumiere declinante de ce vendredi…
Samedi, c’est le grand jour. Nous passons la journee dans le salar. Halte sur l’ile du pecheur, petite randonnee, et reambarquement. Entoures de blanc, la sensation est impressionante. La jeep fonce, le terrain etant plat. Sous nos roues, et sous la couche de sel, un lac d’une profondeur variant entre 7 et 16 metres. Au debut de notre traversee, je n’y pense pas une seule seconde. C’est lors de l’arret lunch, en plein milieu de ce desert, que mon pied s’enfonce legerement dans la couche de sel. Au meme moment, Nowel rapeticit de quelques centimetres. Son pieds vient de traverser la couche de sel a un endroit ou cette derniere est plus fine. Notre jeep est entouree de petits trous qui laissent apercevoir le lac… Une banquise de sel en quelque sorte… Et la prise de conscience que finalement, tout cela est bien fragile…
Arrives a Uyuni, et apres une delicieuse pizza, je decide de remonter vers La Paz dans la foulee. Direction le Nord, pour redescendre ensuite a mon aise vers l’Argentine. En compagnie de Kina et Christian (allemands) et de Matthieu et Marie (francais), nous effectuons un trajet qui pourrait etre qualifie de mouvemente, ou les 10 heures de voyage en comportent facilement 8 ou nous sommes brinquebales comme de vieilles chaussettes. De nuit, j’ai l’impression d’etre attache a ces instruments qui font disparaitre la cellulite en appliquant un massage rapide des zones a traiter (trois semaines de ce traitement et je devrais revenir beau comme un Dieu).
Des Uyuni, la difference avec le Chili et l’Argentine est palpable. La Bolivie est plus sauvage, plus naturelle, et surtout beaucoup moins chere. Depuis mon arrivee, j’ai enchaine les truites et les steaks de Lama, pour des prix oscillant entre 2 et 4 euros le plat ! Un hotel deux etoiles coute entre 7,5 et 10 euros, je decide de m’octroyer un peu de luxe apres les deux premiers mois passes dans des dortoirs pas toujours joyeux…
Mon arrivee a La Paz se fait a l’aube. Nous sommes dimanche mais la ville est quand meme animee. Prise de possession de ma chambre, lecture des choses a faire, petite sieste pour recuperer de la jeep et de ma nuit anti-graisses, et je pars faire un petit tour de reconnaissance des environs. Les anecdotes sur La Paz sont legions, et les mesaventures touristiques semblent etre courantes. Prudent et circonspect, je ne m’aventure pas trop en dehors du centre. La Paz est une enorme ville se repandant sur les collines avoisinantes, sans plan d’urbanisation et dans le bordel (apparent ou maitrise) le plus total. Les rues possedent des denivelees impressionantes, et a cette altitude, l’air manque bien souvent a mes petits poumons habitues au plat pays. Le soir, nous nous dirigeons vers le restaurant de l’hotel Plaza, cinq etoiles disposant d’une vue splendide sur la ville. Entree-plat-dessert-vin pour 10 euros, au coeur de la ville et entoure des milliers de lumiere qui scintillent sur les flans de La Paz, l’endroit est magique…
Lundi, direction le site pre-inca de Tihuanacu, a une bonne heure et demi a l’Ouest de la capitale. Necessitant encore pas mal de travail et d’excavations, la visite du site reste neanmoins excessivement instructive. Civilisation ayant dure pres de 27 siecles (!!!) et ayant precede les Incas, notre guide nous livre toutes les interpretations possibles sur les differents symboles que nous apercevons, nous faisant ainsi constater la maitrise de l’astronomie, des techniques de construction,… de cette civilisation. Tout a une signification, rien n’est laisse au hasard, et une statue presente dans un mur fait legerement pense a notre ami de Roswell…
Ce mardi, et apres 8 ans d’absence, je retrouve le lac Titicaca, mais du cote Bolivien cette fois. Le petit village de Copacabana (dont la plage a tout a envier a son homologue bresilienne) me tend les bras. Couleurs, vieilles mamas emmitouflees dans des chales de laines, flute de pan en arriere plan, le petit village touristique typique des abords du lac. Demain, petit tour en bateau jusqu’a l’Isla del Sol.
Je quitterai le lac jeudi en debut d’apres midi pour rejoindre La Paz. Une petite heure de transit et un bus cama me conduira a Sucre. Dans une petite dizaine de jours, je retrouverai l’Argentine, ses glaces et ses pizzas. Mais avant cela, je compte bien m’enfoncer de quelques centaines de metres dans le sol a la mine de Potosi et gouter quelques bons vins dans la region de Tarija…
Allez, comme on dit ici, marchez doucement, mangez peu et dormez seul (pour une fois, je rempli tous les criteres sans devoir me forcer, c’est pas beau ca !)…
PS : pour ceux qui ont le courage de s’afoner tous mes posts depuis le debut, un petit cadeau tres narcissique (et parce que certains d’entre-vous se demandent a quoi je peux bien ressembler apres ces deux premiers mois). Follow the link… (4000 metres d’altitude, le soleil en plein dans la tronche, une nuit sur un matelas proche d’une planche en bois, j’essaie de justifier ma tronche d’endormi…)
Je vous previens d’emblee : au sein de ce message, vous allez manger du chiffre comme jamais. Enfin, juste quelques nombres, a la volee et sans pretention aucune !
Ma decouverte de Valparaiso s’est poursuivie les deux jours suivants mon dernier message. Comme deja evoque precedemment, j’ai developpe un interet certain pour la vie de ce bon vieux monsieur Neruda, et il m’etait moralement impossible de quitter la region sans me rendre a Isla Negra, au Sud de Valpa et ou l’illustre homme possedait sa derniere maison, la plus complete et surtout intacte, les troupes de monsieur Pinochet ne l’ayant pas mise a sac apres sa prise de pouvoir. Le site est enchanteur, au bord de la mer et d’une minuscule plage ou de gigantesques vagues viennent se fracasser sur les rochers la bordant. Le Pacifique n’est pas si gentil que ca a Isla Negra.
Pour parfaire ma visite de Valparaiso, je decide donc de prolonger mon sejour d’une journee. Le ciel est clement, et j’aurai la chance de pouvoir me balader jusqu’a plus soif dans les inombrables ruelles qu’elle compte. Au passage, je croise par hasard Benoit, un francais rencontre a Ushuaia un mois plus tot et qui sort de chez lui au moment ou je sors de mon ascenseur (que voulez vous, faut les faire fonctionner ces braves, et c’est tellement moins ereintant que d’affronter les rues style San Francisco de l’endroit). Avant de reprendre mon metro pour Vina del Mar, passage oblige chez Pablo pour lui dire au revoir, et a 23h30, j’entame mon trajet qui me conduira a La Serena.
Fraichement debarque a 6h du matin, je me mets en quete d’un logement. De bien entendu, a cette heure relativement matinale, tout est ferme. Je fais donc un rapide tour en taxi pour rien, avant de decider de me poser au terminal des bus et d’attendre une heure un peu plus raisonnable. A 7h30, j’evite le taxi et remonte l’avenue, direction mon auberge. Le taxi aura au moins eu le merite de me donner une idee d’ou se trouvaient les coins interessants et 10 minutes plus tard, j’y suis. Pas de chambre disponible avant 11h00, j’ai dormi trois heures dans le bus, et mes paupieres sont soumises a une gravite telle qu’il devient complique pour le frele etre que je suis de rester eveille. Et pourtant, j’ai interet !
Avant de quitter Vina del Mar, et apres avoir lu mon guide sur ce qu’il etait possible d’y faire, j’avais envoye un mail a l’Observatoire Astronomique du Cerro Tololo. Le personnel y organise une visite gratuite tous les samedis. Seules conditions requises : etre motorise et s’y prendre longtemps a l’avance, le nombre de places etant limite. Au moment ou j’envoie mon mail, je ne reunis aucune de ces conditions, et je me dis que mes chances sont maigres… A ma grande surprise, vendredi soir et avant de grimper dans mon bus, je recois un mail me confirmant ma reservation et m’expliquant comment me rendre a la porte principale, ou me sera remise une autorisation en bonne et due forme. Il ne me reste plus qu’a trouver un moyen de locomotion pour parcourir les 55 kilometres avant l’entree du complexe et les 33 kilometres grimpant jusqu’au sommet, a plus de 2000 metres d’altitude.
Samedi matin donc, legerement embrume et en attente de ma chambre, je fais rapidement le tour des differentes options qui se presentent a moi. En gros, et pour parcourir plus de 85 km aller sans parler du retour, j’ai le choix entre un taxi et la location d’un vehicule. Je dois etre a 13h15 a l’entree, ma chambre sera libre a 11h00, j’aurai juste le temps de prendre une douche avant d’embarquer dans le moyen de locomotion choisi. Apres une rapide etude comparative des tarifs proposes, mon choix se portera finalement sur une splendide Yaris coupe a la location, pour la modique somme de 40 € les 24 heures, contre 50 € pour le taxi. Conduire a nouveau, etre libre de prolonge mon escapade dans la region sans contrainte, l’idee me plait.
J’arrive donc frais comme un gardon a 13h15 petantes au poste de garde. Controle d’identite, remise de l’autorisation, et les differents vehicules presents entament la montee vers l’observatoire en convoi. Route de terre, la prudence est de mise et 45 minutes plus tard, nous arrivons au pied des differentes coupoles. La visite dure deux heures, notre hote ouvre l’un des domes, fait pivoter le telescope sur son axe, et nous livre mille details sur l’exploration et les recherches effectuees a Tololo. On sent une reelle passion dans son discours, mais egalement un esprit de competition qui se manifeste par l’obsession de posseder le plus grand telescope (tellement masculin tout ca). Le plus imposant de Tololo fait 4 metres de diametre et fut le plus grand du monde jusqu’au jour ou un autre reseau de recherche en a fait construire un de 8 metres. Et depuis, c’est la surenchere : on parle d’en construire un de 30 metres (le TMT : Thirty Meters Telescope – ils ne se foulent pas pour trouver les noms) et l’ESO (European Space Observatory) reve d’en construire un de 100 metres, en s’inspirant des methodes de construction developpees par monsieur Eiffel en son temps. Autant vous dire que le 4 metres que j’ai en face de moi m’impressionne deja, alors 100…
Apres cette visite, direction un petit village situe non loin de la, pour reserver un tour nocturne dans un observatoire specialement concu pour les gentils touristes que nous sommes, et je fais un rapide passage dans la vallee d’Esqui, mondialement connue pour etre l’un des principaux centres de production de Pisco, cet alcool local dont j’ai raffole il fut un temps. A 20h30, rebellote, c’est en convoi que nous commencons l’ascension d’une colline, direction l’observatoire. Autant dire qu’avec l’obscurite et la poussiere, ce n’est pas vraiment une partie de plaisir, mais je m’amuse tout de meme, zappant sans cesse entre les differents postes de radio de Grispoils junior. La visite dure egalement deux heures. Au programme, moultes explications, vulgarisee a souhait et prodiguees par des amateurs astronomes que j’estiment excessivement competent. Pendant plusieurs dizaines de minutes, nous avons l’opportunite de poser mirette dans la lunette de deux telescopes, decouvrant ainsi clusters, planetes, constellations et nebuleuses. Autant vous dire que je suis ravi, et que cela complete parfaitement la visite theorique du debut d’apres midi.
Apres toutes ces emotions, je m’octroie un dimanche paisible ainsi qu’un petit cinema dans le complexe commercial flambant neuf de l’endroit. Au programme « No Country For Old Men » dont j’ai malheureusement rate le monologue de fin de Tommy Lee Jones suite a une incroyable quinte de toux. A 19h30, je me dirige vers le terminal, direction Calama, etape obligatoire precedant mon etablissement a San Pedro de Atacama. Le trajet s’avere plus long que prevu, relativement peu confortable, et c’est finalement apres 21 heures de voyage que je prends possession de mon nouveau chez moi.
San Pedro est touristique, il n’y a rien a dire. Mais les rues poussiereuses, etroites, bordees de maisons sans etages lui donnent un cachet irresistible.
Dans le meme ordre d’idee que la visite de l’observatoire de Tololo, je me suis egalement mis en tete de visiter la mine de Chuquicamata, sise a 16 kilometres de Calama et a une heure trente en bus+taxi de San Pedro. L’un des plus grands complexes a ciel ouvert du monde, on y produit du cuivre en quantite phenomenale. L’organisation de la visite s’avere un peu plus complexe, et je ne recois mon autorisation qu’au moment ou je suis deja a San Pedro. Qu’a cela ne tienne, mardi matin, je fonce au bureau de ventes de la compagnie de car (pas de terminal a San Pedro), saute dans le premier bus, affrete un collectivo et a 9h30 tapantes, je suis a l’entree de la mine.
Il y a de cela quelques mois, Chuquicamata etait encore un petit village en bordure du complexe minier ou vivaient pas moins de 10.000 personnes. Mais suite a des raisons ecologiques et de sante publique, toute la communaute a ete demenagee a Calama. Les emissions de souffre necessaire au traitement du cuivre, la poussiere generee par les camions et les operations de forage, tout cela a pousser Codelco (entreprise appartenant a 100% a l’etat chilien) a delocaliser tout ce petit monde. La visite est excessivement interessante. 3 heures ou notre guide nous donne toutes les informations possibles et imaginables sur ce business plus que rentable. Le tour est organise par Codelco, et on sent une petite pointe de propagande dans le tout. Et maintenant, accrochez vous, la partie chiffre commence vraiment. L’ensemble du complexe genere 11.000 US dollars de profit par minute. Le cours normal du cuivre devrait tourner entre 0.6 et 0.7 dollars la livre, mais suite a la demande chinoise et indienne, les cours s’envolent et tournent aujourd’hui a plus de 3.90 dollars ! La mine que j’ai pu apercevoirm Radomiro Tomic, et qui n’est pas la plus grande, emploie 650 personnes et produit 300.000 tonnes de cuivre par an. Chuquicamata, la plus grande, emploie quant a elle 7500 personnes et ne produit que 600.000 tonnes (plus ancienne, elle necessite plus de monde). Chaque camion coute 3,2 millions de dollars et peut transporter entre 300 et 360 tonnes de roches. En sachant qu’une tonne contient generalement 5kg de cuivre exploitable, une benne en contient 150 kg ! En gros, c’est plusieurs milliards de dollars que le Chili gagne en exploitant ces mines.
Apres cette visite, j’enchaine ce mercredi avec une visite du champ de geyse de El Tatio. Debout a trois heures trente du matin pour pouvoir assister au lever du soleil sur le champ, le spectacle est impressionnant. Pas d’ »eruption », beaucoup de vapeur, nous pouvons deambuler autour des differents orifices de sorties, en gardant bien en tete que la temperature de l’eau avoisine les 85 degres, et qu’il serait malvenu de se prendre une douche par inadvertance. L’apres-midi, echainement avec une poussee plus approfondie dans le desert a proprement parle. Vallee de la mort locale, Salar, et Vallee de la Lune, en deux jours, je me serai empiffre de desert et de paysages a couper le souffle.
Demain et jusque samedi apres-midi, je vais gouter au cote Bolivien de la chose. 3 jours en jeep, une nuit en refuge a 4500 metres d’altitude, une autre dans un hotel de sel, le tout pour rejoindre Uyuni et ses lacs de sel. Normalement, je devrais passer une petite dizaine de jours en Bolivie avant de redescendre sur le Nord de l’Argentine. Ca peut paraitre con, mais le temps passe vite, beaucoup trop vite, et le Chili a quelque peu monopolise les deux premiers mois de ce voyage…
A bientot donc, du cote bolivien de la frontiere !
PS : la redaction de ce post s’est faite dans une urgence totale. Lenteur du clavier, upload des photos excessivement complexe (ne me demandez pas pourquoi), et fermeture imminente du cybercafe… Pas eu le temps de le relire, donc excusez mon francais si pas toujours tres bon et si orthographe parfois douteuse…
Bryan est peut-etre dans sa cuisine a l’heure actuelle, mais ce qui est sur, c’est que j’ai passe cinq jours en sa compagnie sur Rapa Nui !
Bryan est americain, originaire de cet etat ou « Everything is bigger ». La cinquantaine, une garde-robe aussi fournie que la mienne (entendez qu’il change de T-Shirts aussi souvent que moi), affuble d’une casquette irremediablement vissee a son occiput quelque soit l’heure du jour ou de la nuit, il a le look de la nationalite…
Ma prise de contact avec Bryan fut breve et mortellement banale. Un echange de « Tu viens d’ou ? », « Quelle ville ? » et des commentaires qui suivent chaque reponse. Il faut savoir que Bryan aime voyager et qu’il le fait generalement de maniere tres econome. A son actif, pas moins de 66 pays en 5 ans, les principales capitales europeennes en deux semaines, et un souvenir loin d’etre indelebile de Bruxelles. « A part un gamin qui pisse dans un seau et neuf boules qui flottent dans l’air, Bruxelles, c’est bof » furent en resume ses propos lors de l’enonciation de ma ville de residence. Je ne lui ai pas parle de Janneke ni de la Basilique de Koekelberg, ne voulant pas le froisser le premier jour…
Chauffeur de poids lourds dans le plus beau pays du monde, il vit dans la cabine de son 18 roues. Son argent est depense en voyages et en cadeaux qu’il fait a sa famille (remboursement de prets hypothecaires,…). Ancien sans domicile fixe, plongeur dans un restaurant, licencie du MacDo local pour service en etat d’ebriete, Bryan connait la valeur de l’argent et 1000 pesos, ce sont 1000 pesos crevin ! C’est pour cette raison que Bryan a pris trois vols pour venir sur l’Ile de Paques, et economiser ainsi 200 US dollars. Venant de Tahiti (ile d’ou la compagnie LAN vole quotidiennement vers Rapa Nui, 5h de vol), il a prefere prendre un vol pour Los Angeles, suivi d’un autre pour Santiago, avant d’aterrir sur l’Ile de Paques apres… 40 heures de voyage…
Bryan, c’est aussi une bouteille de limonade remplie d’eau du robinet congelee qu’il garde aupres de lui en permanence, une boite de flocon d’avoine qu’il accompagne volontiers d’une ou deux canettes de biere, et un professionnel des auto-goals au Kicker (et comme nous etions dans la meme equipe, que je m’occupais de l’attaque, autant vous dire que j’ai du prendre sur moi pour ne pas lui enfoncer l’une des tiges dans son conduit auditif droit).
Un element majeur de la personnalite de Bryan est qu’il peut soit etre parfaitement silencieux, soit bavard comme ce bon vieux Fidel maintenant retraite. Ainsi, si vous n’etiez pas present dans la partie commune de l’auberge mais dans votre chambre ou en retrait, vous pouviez etre sur d’entendre l’histoire de Bryan over and over, mots pour mots et a la virgule pres, en fonction des personnes le rejoignant. Et pas question d’ecourter votre echange avec lui en lui disant que vous aviez deja tout entendu de loin. Quand Bryan vous parle, il vous parle et fait fi de toute objection !
L’evenement marquant de la semaine de Bryan fut le jour ou il revint a l’auberge en possession d’une pierre volcanique. Emballe qu’il etait, nous avons tous eu le droit (l’obligation ?) de l’admirer et de nous extasier devant la legere teinte pourpre qu’elle possedait. Pour Bryan, c’etait le cadeau ideal pour son frere. Gratuit, ramasse lors d’une promenade, venant de Rapa Nui, c’etait parfait. Lorsque je lui ai fait remarque que, vu les circonstances actuelles et la deterioration que Marko, mon colocataire, avait inflige a l’un des sites de l’ile, il n’etait peut etre pas prudent de tenter de franchir la douane avec un bout de roc dans sa poche, Bryan ne s’est pas laisse abattre pour un sou, que du contraire. En deux jours, toutes les autorites de l’ile furent consultees afin de savoir s’il risquait quoi que ce soit. Une seule solution pour faire sortir la pierre de l’ile : demander au musee local un certificat attestant que la pierre ramassee etait sans valeur archeologique, et pouvait donc quitter le territoire. Bryan etait aux anges : il allait probablement pouvoir offrir sa pierre a son frere, ainsi que le certificat declarant qu’elle etait totalement sans valeur (sic) ! Malheureusement, le musee ne certifie que les artefacts originaux, et s’est avere incompetent dans la certification de l’absence de valeur d’un bout de caillou volcanique. C’est donc la mort dans l’ame que Bryan parti, un soir ou le ciel s’enluminait de millions d’etoiles et ou les chiens hurlaient a la lune, redeposer son roc a l’endroit exact ou il l’avait trouve…
Bryan, c’est aussi le gosse qui sautille apres avoir pris une photo du coucher de soleil sur le site de Tahai, en s’exclamant « That’s a keeper, that’s a keeper » tout en montrant sa photo a tout bipede present sur site. Une semaine qu’il y vient tous les jours et qu’il est decu du resultat, et voila que son dernier soir lui livre le cliche tant attendu (un peu oblique, il s’en rendra compte par la suite… J’ai essaye de lui parler de Photoshop mais la sauce n’a pas pris…).
Bryan, et a mes yeux, etait un personnage attachant, touchant, et blinde d’une certaine experience de vie qui inspire le respect. Le dernier jour, il me confia qu’il etait content de rentrer a la maison. Ses quelques mois de voyages lui suffisaient, et il avait le sentiment d’etre arriver au bout des raisons qui l’avaient pousser a partir. Parmi ses projets futurs, il compte essayer de partir en Chine donner des cours d’Anglais. Une chose est sure : nous ne sommes pas pres d’oublier le jeu de cartes chinois qu’il nous a enseigne et qui a occupe bon nombre de nos soirees ! That’s a keeper !
Dieu du ciel… Voila un post qui s’annonce difficile a rediger, vu le nombre important de jours qui se sont ecoules depuis le dernier et les difficultes que j’eprouve toujours a exprimer ce que j’ai ressenti durant ma semaine sur l’ile de Paques. Heureusement, je n’ai pas effectue dix mille deplacements durant ce laps de temps, ce qui me donnera peut etre l’occasion de sortir de mon carcan « lundi, mardi, mercredi »…
Ma semaine sur l’Ile de Paques a ete incroyable. La location du scooter m’a permis de silloner l’ile en tous sens, de voir et revoir certains des sites qui m’ont le plus interpelle et de regouter au sentiment de liberte que me donne ce moyen de locomotion.
Avant de vous parler de l’ile en elle-meme, petit flashback sur les personnes qui ont partage mon quotidien durant cette semaine.
Lors de mon arrivee a l’aeroport, je me retrouve avec deux americains et deux japonaises dans le petit van qui nous conduit a l’auberge.
- Tyler est le premier avec qui j’engage la conversation. Texan, l’image typique du Yankee egocentre qui pense que le monde entier devrait parler anglais avec un accent nasillard. Les ambassades americaines etant territoire US, il est normal qu’il ne fasse pas la file et si par malheur un chilien devait lui faire une remarque, il s’empresserait d’en faire rapport au personnel present pour qu’on lui interdise l’acces au plus beau pays du monde. Autant vous dire que mes echanges avec Tyler furent tres limites.
- Aaron : hawaaien, detendu, nous avons passe pas mal de temps ensemble, jusqu’a mon depart de Santiago. Tout le contraire de Tyler. Mais bon, Hawaai, ce n’est pas vraiment les Etats-Unis, si ? Le jour du depart de Tyler, un bon vieux cafard squatte notre chambre l’espace de 24h. Aaron me fait tres justement remarquer que nous n’avons pas perdu au change.
- Marko : certains d’entre vous auront peut-etre entendu parler de Marko. Avec Aaron et Tyler, il est le quatrieme laron de notre dortoir. 25 ans, finlandais, revant de devenir boxeur professionnel, tatoue, il peut faire peur au premier abord et a vecu ses 15 minutes warholienne sur l’ile. Le lendemain de notre arrivee, il decouche et ne revient que le lendemain apres-midi, entoure de deux detectives de la police chilienne. Marko a en effet eu l’excellente idee de tenter de ramener un bout d’oreille de l’une des statues en guise de souvenirs. Autant vous dire que sur Rapa Nui, on ne plaisante pas avec les statues. Resultat : une nuit en prison, une amende qui avoisinera les 20.000 US dollars, et une eventuelle peine de prison pouvant monter jusqu’a 7 ans ! Durant toute la duree de mon sejour, il ne peut sortir de l’auberge, attendant une decision de la justice chilienne. Le geste est stupide, il en est parfaitement conscient et regrette son erreur. Meme si tout le monde est d’accord pour condamner son geste, une solidarite se developpe parmi les autres voyageurs, et nous nous alternons pour lui procurer nourriture et autres denrees. Marko se revele etre plus que sympathique et a l’heure ou je tape ces quelques lignes, il doit encore etre en train de se morfondre sur l’Ile… J’espere sincerement qu’il ne devra que payer son amende et qu’il ne croupira pas en prison pour quelques annees (ses tatouages, a l’inverse de Michael Scoffield, ne representent pas le plan de la prison de Santiago…)
- Raoul : espagnol, extraverti au possible, drole, cynique et adepte du second degre, il anime nos soirees et me fait decouvrir le Bruce Douglas, un whisky ecossais qui, je pense, ne doit etre en vente que sur l’Ile de Paques (et qui coute un peu plus qu’une bouteille d’eau de 1,5 litres)… Genial inventeur du Cat-Bowling, sport se pratiquant de preference avec un chaton et une dizaine de canettes de biere vides (je n’etais pas present !).
- Julio : italien comme on l’entend. Mixe l’espagnol, l’italien et l’expression corporelle de fort belle maniere, et souffre d’une obsession chronique vis a vis d’une conductrice de taxi rencontree a son arrivee.
- Bryan : autre texan, chauffeur de camion, je songe fortement rediger un post bjornesque a son sujet, tant le personnage m’a rappele Bjorn (sans les phases de comas et avec un vocabulaire plus developpe). Avec lui, Julio et Raul, nous formons un quatuor de joueurs de kicker acharnes durant les premiers jours, avant d’echanger le ballon contre un jeu de carte espagnol et chinois…
- Les deux japonaises : s’enfuiront apres quelques nuits, vu le nombre (excessif a leurs yeux) de cafards presents dans et autour de l’auberge. A moins de se refugier plusieurs metres au dessus du sol, je ne suis pas sur qu’elles aient trouve un autre endroit sur l’ile depourvu de ces charmantes bestioles…
- Anna et James : un couples ecossais, adeptes des Monthy Pythons, de ce bon vieil humour so British, de whisky et de vin. Chanteurs de chorales, je les retrouve a Santiago apres mon retour.
L’ensemble de ces personnes a rendu mon sejour sur l’ile encore plus plaisant. Il etait agreable de se retrouver autour d’un bon vieux jeu de cartes le soir, apres une journee passee sous le soleil et dans la poussiere a arpenter l’ile.
Quant a l’ile en elle-meme, j’en garde une impression merveilleuse. Le fait que personne ne puisse expliquer l’utilite des Moai’s ni leur signification permet a tout un chacun de laisser son imagination vagabonder, et de construire sa propre interpretation. Les statues ont un air grave, la bouche decrivant une moue les rendant severes. Le regard est oblique, dirige vers le ciel. Que fixent-elles ? Est-ce une maniere de nous signifier qu’elles ont atteint une connaissance qui leur permet de se detourner de monde terrestre, de s’elever au-dessus des preoccupations du commun des mortels ? L’ile compte quelques sites ou l’on peut observer les statues alignees. De 5 a 15 statues, etre a leurs pieds donne l’impression d’etre face a un tribunal compose de differents sages. Les visages sont souvent tous differents, mais quoiqu’il arrive, aucune ne vous regarde…
Mes deux sites preferes furent Rano Raraku et Puna Pau. Rano Raraku, c’est le berceau. Les flancs exterieurs de ce volcan sont couverts de statues plantees dans le sol. L’interieur quant a lui possede une lagune ou quelques chevaux paissent tranquilement. En escaladant les parois, on retrouve quelques statues, et l’on peut observer les differents endroits qu’utilisaient les tailleurs realisant les Moai’s. Certaines des statues sont encore prises dans la roche volcanique, les visages sculptes et le reste du corps en cours de finalisation. A 5 minutes du volcan, 15 statues alignees tournent le dos a la mer, faisant face au volcan. En marchant entre les statues non extraites de la roche, celles disseminees a l’interieur et a l’exterieur du cratere, j’ai l’impression qu’elles sont dotees d’une vie propre. Sortant de la roche, elles descendent la pente jusqu’a la lagune, et se dirige vers les points qui leurs sont assignes sur l’ile, mues par une force propre et sous le regard bienveillant des 15 sages…
Puna Pau n’est pas le site le plus courru de l’ile et est en fait la carriere ou etaient faconnes les « chapeaux » qui couvrent la tete de certains Moai’s. Le site est calme, petit, mais les 10 tonnes qu’atteignent certaines de ces « meules » me laissent perplexe. Comment ont-ils fait pour acheminer ces rocs jusqu’au sommet des statues, sachant que certains Moai’s sont a une dizaine de kilometres de la carriere ? Ils les faisaient probablement rouler, mais il fallait le vouloir, et surtout reussir a les hisser (parfois a plus de 7 metres au dessus du sol)…
Environ 800 statues peuplent l’ile (contre 3700 humains selon le dernier recensement) et beaucoup d’entre elles sont tombees de leur autel avec le temps. Un tsunami en 1960 en a endommage certaines, et l’acces a certaines zones de l’ile est encore reglemente car sujet a des fouilles et restaurations.
Apres une semaine dans ce cadre, le retour a Santiago est un peu comme une claque. Je considerais mon sejour sur l’ile de Paques comme des vacances au sein de vacances, et force est de constater que ce petit moment de nostalgie typique des retours de vacances me gagne des mon arrivee a Santiago. L’impression qu’une partie de mon voyage est derriere moi (ce qui, dans tout les cas, est vrai, mais c’est la premiere fois que je le realise).
J’accorde a Santiago une bonne journee et demie de visite en complement de mon apres-midi pre-paques. Megalopole, les grandes avenues sont bruyantes et fortement peuplees, mais il est possible en quelques minutes de se retrouver dans de petits quartiers calmes et typiques, sorte de poumons de tranquilite dans un corps pollue et hyperkinetique. Avec Aaron, nous retrouvons Cynthia, journaliste locale et rencontree a Rapa Nui. Elle nous emmene dans de petites ruelles du centre, et nous dinons ensemble dans un restaurant specialise en cuisine patagonienne. Truite et mousse au chocolat pour le meme prix qu’une pizza sur Rapa Nui, je suis aux anges.
Et apres Santiago, j’entame une timide remontee vers le Nord. Je prends mes quartiers a Vina del Mar, sorte de station balneaire a deux heures de Santiago, sise juste a cote de Valparaiso. Ce mercredi a ete quelque peu brumeux, mais j’espere pouvoir compter sur un bon soleil demain pour approfondir ma visite de Valpa, ville declaree patrimoine de l’humanite et ou d’antiques systemes d’ascenseurs permettent de monter sans efforts les collines sur lesquelles sont situes les principaux quartiers de cette agglomeration. J’y ai fait un rapide passage cet apres-midi, visitant au passage la maison de Pablo Neruda (sa maison a Santiago m’avait fortement plue, et le personnage vaut le peine de s’attarder dans ses lieux de vie), et Valpa est un endroit ou il fait bon deambuler dans sa kyrielle de petites rues bordees de maisons colorees.
Le prochain arret sera a Serena, avant San Pedro de Atacama. Si tout se passe bien, je devrais effectuer une traversee du desert de 3 jours qui me conduira en Bolivie d’ici le debut de la semaine prochaine…
Nos vemos !
Ma deuxieme journee Valdivienne fut beaucoup plus tranquille que la premiere, probablement suite a la consommation quelque peu elevee des produits brassicoles de cette magnifique region. Balade en ville, passage oblige dans un fast food renomme (principalement pour les vertus curatives des mets servis) et cinema avec Emma et Scott apres l’ingestion d’une enorme glace, je me la suis coulee douce.
Vendredi matin, je poursuis ma remontee vers Santiago. Ma prochaine etape est Pucon, petite ville au bord d’un lac et aux pieds du volcan Villarica. Le trajet est court, et apres avoir marche pendant 30 minutes a la recherche de mon auberge (ils ont demenage, ces cons), je peux m’installer confortablement dans le jardin, d’ou j’ai une vue degagee sur le Volcan.
Pucon, c’est un peu le Disneyland a la Chilienne, le Courchevel, le Saint-Trop de l’activite extreme. Trekking sur le volcan emmitoufle dans une combi et affuble d’un masque de protection contre les gazs, rafting sur des rivieres de niveau IV et V, Jet Ski, VTT, il y en a pour tous les gouts mais pas pour tous les portefeuilles. A Pucon, les rues sont propres, les terrasses bondees. Les 4X4 et autres Pickups envahissent les rues, les enfants peuvent rouler dans de petites voitures electriques sur la Plaza de Armas et, pour souligner le raffinement extreme qui se degage de tout cela, les supermarches diffusent de la musique classique. Autant vous dire qu’apres le mois et demi passe loin de ce genre d’atmosphere, je suis quelque peu dephase et loin d’apprecier. Au final, je suis bien content de n’y rester qu’une journee et demie…
Samedi, et ayant refuse de payer 100 US dollars pour escalader ce bon vieux volcan (en passant devant les differentes agences vendant le produit, la nuee de touristes en train d’essayer combinaisons et bottines me dissuadent de tenter l’experience), j’approfondis ma connaissance des environs. Mon bus pour Santiago part a 21h00, j’ai donc une petite journee a tuer.
A 21h, delivrance, mon Double Deck estampille Semi-Cama prend la route de Santiago. Afn d’agrementer notre voyage, la compagnie nous diffuse deux films : 1h35 du Seigneur des Anneaux – Chapitre 1 et 42 minutes de Transformers. Je me marre interieurement, mais ca a le merite de me donner l’envie de voir la suite de Transformers… un jour… peut-etre…
A 7h00 du matin petantes, je debarque la tete dans le pate et les yeux bouffis en plein coeur de Santiago. Les rues sont desertes et mon taximan n’hesite pas a faire quelques detours histoire de faire grimper le compteur avant de finalement me deposer devant une auberge… fermee. Qu’a cela ne tienne, il y en a une autre a proximite immediate (ca joue a Santiago, la proximite, surtout avec un taximan qui n’a pas peur d’user sa gomme de pneumatiques et de vider son reservoir a vos depens…). Complete… Mais le gerant nous donne une autre adresse, a quatre blocs de la. Toujours genereu et affable, je congedie delicatement mon chauffeur, lui disant que la distance ne me fait pas peur et que je peux m’y rendre facilement a pieds. Apres 100 metres, le sac sur le dos, alors que les rues ne sont peuplees que de gens au facies bizarre et a la demarche titubante, je me dis que ce n’est peut-etre pas la meilleure solution, surtout que les explications du gerant me semblent bien lointaines… J’avise un autre touriste et son taxi, qui eprouvent visiblement les memes soucis que moi. 10 minutes plus tard, il nous depose devant une autre auberge, complete egalement, mais qui nous met sur liste d’attente et nous demande de patienter 4h, le temps que les eventuels backpackers en partance quittent les lieux. Pendant une heure, je squatte donc un bon vieux fauteuil. L’auberge se reveille petit a petit, j’ai faim, et je veux un lit. Nous sommes cinq a attendre. Apres une breve discussion avec un allemand dans le meme cas, je reveille Jan, le touriste au taxi, et nous decidons de nous diriger vers une petite pension familiale situee a 500 metres de la, dans une impasse. Le Lonely la qualifie de « quirky » (je ne connais toujours pas le sens precis de ce terme, mais j’ai maintenant une vague idee de ce qu’il signifie). A voir l’allure des salles de bains et des chambres, on comprend qu’ils aient de la disponibilite quand tout le monde est complet mais pour une nuit, cela fera amplement l’affaire (et je compte d’ailleurs y retourner apres mon sejour sur mon ile)…
Sieste oblige apres cette longue nuit et periode d’errance, c’est en milieu d’apres-midi que je pars faire un rapide tour du centre de Santiago. La ville est un peu morte, week-end et fetes de Paques obligent. Passage dans le parc de Santa Lucia, zigzags entre ruelles et grandes avenues, le centre de Santiago me plait bien et je planifie d’y rester au moins deux jours a mon retour.
Dimanche matin, c’est le grand jour. A 5h15, j’emerge apres avoir dormi trois heures, ma residence preferee etant situee juste en face d’un bar fermant ses portes a 2h. Une navette vient me prendre et parcourre les 45 minutes necessaires pour rejoindre l’aeroport en 17 minutes. J’ai beau me sentir comme un bon vieux papier peint qu’on decolle a la vapeur, la conduite pour le moins sportive de Schumi me maintient en eveil pendant tout le trajet. Check-In, douane, toujours pas de fruits, et j’embarque pour l’Ile de Paques…
Cinq heures de vol plus tard, j’aterris sous un mince crachin. Accueil collier de fleur/coquillages, rapide tour dans le centre avec notre hote qui nous donne tous les bons tuyaux pour survivre aux prix indecents pratiques par les commercants de l’ile, depot des sacs, et rencontre avec les locataires de l’auberge. Je passe l’apres-midi a papoter et m’offre un petit restaurant polynesien en debut de soiree. Un regal, et un changement radical par rapport a la cuisine Argentine et Chilienne, ca me fait un bien fou.
Lundi, j’effectue ma premiere reconnaissance sur la cote Ouest de l’ile. A proximite du centre, le long de la cote, les premiers Moai’s ont les yeux leves vers le ciel. En groupe ou solitaires, coiffes ou pas, il s’en degage quelque chose de special, et l’absence d’une legion de touristes permet de profiter pleinement de chaque site. L’un des Moai’s a les yeux peints, et l’envie de suivre son regard pour comprendre ce qu’il regarde est incontrolable. J’ai hate de me rendre sur les autres sites. A cette fin, j’ai decide de me louer un petit scooter pour une periode de trois jours. Location reportee a mercredi, le temps de ce mardi etant quelque peu pluvieux. Un bon ptit crachin bien de chez nous, les 30 degres en plus.
Sur ce, il est temps pour moi de vite passer au supermarche, en esperant qu’ils aient encore de quoi boire et manger (ici, la loi de l’offre et de la demande regne en maitre. Certains mini-supermarches sont specialises dans certains types de produits, et si vous voulez une pomme, un coca et un paquet de biscuits, il faut parfois faire le tour de trois enseignes pour trouver votre bonheur. Le tout avec des prix en rapport avec la rarete du produit recherche… Amusant !)…
Etre tenancier ou responsable de la gestion quotidienne d’une auberge n’est pas toujours une sinecure… Depuis le debut de mes peregrinations, j’ai eu l’occasion d’en rencontrer une bonne vingtaine, me confrontant ainsi a des caracteres et des comportements souvent differents.
Petit voyage au coeur de ces profils :
- L’enthousiaste interesse : le sourire aux levres, hyperkinetique, toujours en mouvement. Quoique vous fassiez, ou que vous alliez, son aura plane autour de vous. Il a reponse a tout, connait tous les plans pour vous divertir dans les environs immediats de son auberge. En regle generale, votre divertissement implique une transaction financiere en sa faveur, majoree de sa commission. Habituellement vetu d’un gilet de marque, pantalon en toile et mocassins assortis.
- Le paranoiaque traumatise : les murs de son auberge sont recouverts de panneaux en tout genre. En prendre connaissance implique la mobilisation de toutes vos facultes, et peut egalement vous amener a ameliorer vos connaissances linguistiques. Les langues les plus courantes sont l’espagnol, l’anglais et l’hebreu. Les sujets les plus souvent abordes tournent autour de l’interdiction d’installer quoique ce soit sur les ordinateurs, l’obligation de faire sa vaisselle apres l’utilisation de la cuisine, et le jet de papier hygienique dans la corbeille sise a cote du trone… Rejoint souvent l’enthousiaste interesse…
- Le saisonnier tombeur : jeune, souvent de nationalite americaine, il regne en maitre sur son domaine. Le sourire charmeur, 20 ans mais trois tours du monde a son actif, il fait fureur aupres de ses compatriotes de sexe feminin. Comme les coiffeurs, il possede un avis sur tous les sujets, est generalement un fervent opposant de Georges Bush, et tente de convaincre toute sa basse-cour de l’accompagner en boite ou au Karaoke local. Look Che Guevera de rigueur.
- Le rebelle capitaliste : le tourisme et l’accueil de vacanciers lui permettent de financer sa passion et son amour pour la region dans laquelle se trouve son auberge. Le touriste l’emmerde, mais c’est un mal necessaire, il faut faire avec. Sa langue se delie generalement apres le cinquieme verre de Pisco Sour on the rocks, et tout le monde en prend pour son grade.
- Le detendu du slip affable : il vous fait passer un moment des plus agreables au sein de son auberge. Tranquille, de bonne compagnie, sa gentillesse et disponibilite vous donnent envie de prolonger votre sejour. Point besoin de consommer. Adepte des longues discussions de fin de soiree, il aime partager ses points de vue et decouvrir les votres. Il retient votre prenom, vous invite a boire un verre, et demarre le feu de camp la guitare sous le bras.
- le couple-enfant-en-bas-age : tient la maisonnee avec rigueur et fermete, avec le zeste de bonhommie familiale qui convient a l’endroit. Discret mais efficace, il donne le sentiment de se sentir chez soi. Liberte totale tant que l’on n’ecrase pas le chiot ne en meme temps que leur progeniture.
- le surpris endormi : vous ouvre la porte et manque de faire une crise cardiaque lorsqu’il decouvre quatre touristes en quete d’un lieu pour dormir. « Deux chambres ? Vous etes sur ? C’est que je ne vous attendais pas moi… Et mon auberge est vide… Je ne sais pas si je vais pouvoir… Combien de temps ? Une nuit ? Heeeuuuu… ». L’air surpris ne disparait que longtemps apres votre inscription dans son registre. C’est generalement chez lui qu’on revient trempe par une bonne drache et qu’on inonde son couloir « Ah ! Il pleut ? ». Echanges limites.
- La Mama spittante : vous fait la fete quand vous arrivez, comme lorsque Medor sent que c’est bientot l’heure de son Canigou. Ca bondit, ca saute en tout sens, ca vous attend a la sortie du bus. Tout est fait pour vous mettre a l’aise. Tour des habitations, des commodites, planification de votre sejour jusque dans les moindres details, le tout sourire aux levres. Contrairement a l’hyperkinetique enthousiaste, elle n’hesitera pas a vous donner de bons filons gratuits. Generalement de corpulence forte avec une propension averee pour le rire social, s’exprimant pour tout et n’importe quoi.
- La Mama Mossad : dirige seule son etablissement. La main de fer dans un gant de velour. Elle repond toujours par la negative a toutes les question ou vous esperez un oui, et n’hesite pas a vous intimer l’ordre de vous taire lorsque vous demandez le prix de votre chambre devant d’autres touristes. Adepte du langage des signes, secrete et omnipresente, elle inspire le respect. Vous ne connaissez le montant de votre sejour qu’au moment de partir, et encore, elle semble encore y reflechir apres avoir receptionne votre obole. Comportement discret et sagesse indispensable.
- Le veteran autoritaire : a tout vu et tout entendu. Chez lui, on marche au pas, et pas question de picoler dans la salle commune. Ton sec, gestes assures, il entretient un minimum de contact. Les phrases les plus courantes sont « Combien de nuits ? » – « Tu pars quand ? » – « Tu peux me payer maintenant ? ». Son environnement est majoritairement compose de marins et d’ouvriers, et je rentre quatre fois dans les manches de son T-Shirt. Tatouage de Popeye sur le triceps optionnel.
- Le permissif nonchalant : chez lui, c’est chez vous. Des panneaux vous interdisent de fumer dans les chambres et a la reception, il vous fournit le cendrier en s’allumant lui meme un cigare. Son endroit semble dater d’une autre epoque, et le passage frequent de couples payant un tarif horaire ne semble pas le deranger plus qu’autre chose…
Finalement, ma soupe au potiron, tant attendue et esperee, je ne l’aurai point eue, un groupe d’anglo-saxons fort bruyant ayant envahi mon petit restaurant de predilection… Mais qu’a cela ne tienne, je me suis rattrape le lendemain matin lorsque, au petit dejeuner commande avant de prendre mon bus, un enorme morceau de tarte au chocolat me fut servi (impossible d’y toucher, au ptit dej, ca faisait un peu trop…).
Il y a donc un tout petit plus d’une semaine que j’ai quitte El Chalten et son Fitz Roy. Mardi, j’apporte le petit dejeuner au coq et a ses poules (deux tranches de Bacon, un oeuf sur le plat et des Chicken Nuggets), leur inculquant ainsi quelques notions de cannibalisme… Je sais, c’est cruel… La journee sera longue, douze heures de bus le long de la Route 40. Le trajet est ponctue par de nombreuses haltes dans des Estancia perdues au milieu de nulle part. L’asphalte laisse vite la place aux bons vieux cailloux et nids de poules tant apprecies, et le voyage se passe dans les soubresauts et la poussiere. Vers 22h00, le bus me laisse devant une auberge du centre de Los Antiguos. L’accueil est chaleureux, et je suis heureux de me plonger sous la couette.
Mercredi matin, je decapite le coq et explose ses poules a la dynamite. Faut pas pousser non plus, il y a un moment ou me lever avant le soleil devient penible. Accompagne d’Olaf (un allemand) et d’Emma et Scott (un jeune couple anglais, tous rencontres dans le bus de la veille), je monte dans un petit van, direction la frontiere… Comme d’habitude, mon sac est inspecte (je ne me formalise plus), mais j’ai retenu la lecon : plus de fruits ni de fromages, je suis clean !
En repassant du cote chilien, je fais mon entree dans la region de Patagonie du Nord, connue pour sa route qui la traverse de part en part, la Carretera Austral. Non pavee, elle serpente a travers les montagnes, longe de multiples lacs, et se reduit bien souvent a un mince bandeau de terre empechant deux vehicules de se croiser. Les distances sont couvertes bien souvent en plusieurs jours, et relativement peu de touristes s’y engagent, les moyens de transport n’etant pas legion. Il est facile de s’y retrouver bloque pour plusieurs jours, et le seul moyen d’en sortir est soit de repasser en Argentine par voie terrestre, soit de prendre un ferry ou un avion.
De Chile Chico, je decide de prendre un ferry pour Puerto Ibanez, ou un bus assure le transfert vers la ville de Coyhaique, la capitale de la province. Le ferry ne dure que trois heures, et evite de passer deux jours dans un bus pour couvrir la meme distance. A Coyhaique, je prends mes nouveaux quartiers avec Olaf dans une auberge situee en plein milieu des bois, a 30 minutes a pieds du centre ville. Entoures de pins, chauffes au poele, je me sens loin de ses 150.000 habitants.
Durant tout mon sejour en Patagonie du Nord et le long de la Carretera Austral, j’ai ete epoustoufle par les paysages rencontres. Rien a voir avec le desert Argentin, il m’est difficile d’exprimer ce que j’ai ressenti durant cette traversee. Certainement l’un des endroits le plus preserve que j’ai pu voir, ou la diversite de la faune et de la flore peut encore s’exprimer a l’abri des dangers de notre facon de vivre, pour peu de temps encore. A partir de cette annee, deux entreprises vont commencer les travaux de construction de quatre barrages dans la region, afin de produire de l’electricite qui sera rapatriee vers Santiago a l’aide de 2300 kilometres de cables et d’un pilone tous les 70 metres… Deux de ces barrages seront situes sur le Rio le plus actif du monde, modifiant ainsi tout son eco-systeme. D’apres l’une des entreprises, l’exploitation des barrages ne sera plus possible dans 50 ans… Afin d’installer les precieux pilones, des milliers d’hectares de forets seront abattus, representant ainsi le plus grand chantier de deforestation au monde ! Tout ca parce que le Chili vit actuellement une croissance de la demande d’energie de 7% par an et qu’aucune autre solution n’a ete trouvee (ou envisagee ?). 50 ans de vie, toute une region defiguree par des pilones, des eco-systemes entiers menaces, la vision a court terme des autorites est choquante… Les quelques discussions que j’ai eues avec un volontaire d’une des ONG qui s’oppose au projet furent plus qu’interessantes, mais je doute que leur action soit couronnee de succes. Les enjeux financiers sont beaucoup trop importants…
Jeudi, petite journee tranquille a Coyhaique et a Puerto Aisen (ville ou se trouve le plus long pont flottant du Chili… selon eux… doit faire 50 metres de long…), entre deux bus. L’occasion de parcourir un peu les alentours de la ville et de se repeter inlassablement qu’on est bien mieux en Patagonie chilienne.
Vendredi, journee « bus ». De Coyhaique, 420 kilometres a parcourir pour rejoindre Chaiten, le tout en douze heures de trajet. Le « bus » se revele vite etre un minibus, et le minibus se revele vite beaucoup trop petit pour transporter 18 personnes et leurs bagages. Notre chauffeur fixe rapidement les sacs derriere la banquette arriere a l’aide d’une toile d’araignee de cables, et le couloir se remplit de caisses et autres residus de bagages. Pour ma part, j’herite du petit siege du fond, sur la roue. Je suis aux anges. Malgre l’inconfort relatif du minibus, la journee reste neanmoins splendide. La Carretera Austral nous emmene dans des recoins magnifiques de la region, ou nous croisons quelques cyclistes tres tres motives, et ou les ouvriers continuent d’elargir certains passages… A Chaiten, chambre avec vue sur la mer et une tenanciere sortie de la quatrieme dimension, qui manque de s’evanouir quand elle voit quatre touristes sur le pas de sa porte lui demander si elle a des chambres de disponibles.
Samedi, et pour quitter la Patagonie par la petite porte, j’embarque sur un ferry ayant comme destination les iles de Chiloe, archipel au sud de Puerto Montt. Les iles possedent une culture differente du reste du pays, et une mythologie relativement centree sur la mer, les marins, les sirenes, et tout les interactions possibles et imaginables entre differents esprits. Les iles hebergent egalement une multitude d’eglises en bois, dont certaines sont Patrimoine de l’Humanite. La traversee s’effectue sans encombres, malgre la tempete qui se dechaine sur Chaiten. Une fois en mer, calme plat et longue discussion avec deux marins bretons (etrange coincidence). L’un d’eux a vecu 30 ans sur son bateau, croisant principalement dans les Antilles, avant de le revendre et de s’acheter une ferme sur Chiloe. Mais marin un jour, marin toujours, il a commence la construction d’un nouveau navire, l’appel de la mer etant le plus fort… Debarque a Quellon (ville mondialement connue pour etre la fin de la Panamerican, qui relie Fairbanks-Alaska a Quellon-Chile), je saute dans le dernier bus pour Castro, ville situee plus au nord et reputee beaucoup plus charmante.
Dimanche, jour du Seigneur oblige, je visite differents villages de l’Archipel avec Jerome, un francais rencontre dans le minibus de l’avant-veille. Dalcahue, Achao, Curaco, chaque petit village a son eglise en bois et son port de pecheur.
Lundi, on the Road Again. De Chiloe, je me rends a Valdivia, ville universitaire situee au confluent de trois rivieres… Les paysages le long de la route sont toujours aussi splendides. J’apercois montagnes et volcans, le tout sous le soleil qui m’avait quitte depuis Chaiten…
Hier, grande journee balade dans la ville. Ambiance detendue, je me promene le long de la riviere et fait un detour par le marche au poisson. Juste derriere, une colonie de sea lions a etabli son quartier general. Farniente au soleil et bouffe gratuite procuree par les badauds, ils ont trouve la leur paradis. En fin de journee, accompagne de Emma et de Scott, direction la brasserie Kunstmann pour y visiter le musee et gouter les sept bieres produites dans l’endroit. Comble de malchance, et pour me rappeler ma visite du jardin des papillons au Costa Rica en juillet dernier, le musee est en renovation. Nous nous rabattons donc sur la degustation des bieres, attribuant une note a chacune, avant de prendre une colonne (2,5 litres) des trois meilleures… On est belge ou on ne l’est pas !
Ce mercredi, je planifie mon depart de demain et deambule gaiement dans le centre ville. Apres la Patagonie du Nord et les iles Chiloe, Valdivia represente une sorte de retour a la civilisation (qui ne m’avait aucunement manque d’ailleurs). Demain, direction Pucon et son lac, ou je devrais rester jusque vendredi soir ou samedi matin. Samedi, je prends Santiago d’assaut, y passe une nuit de principe, avant de m’envoler pour l’Ile de Paques dimanche matin pour la chasse aux oeufs… Une petite semaine relax au pieds des statues, j’ai hate !
Voila un retour en Argentine qui s’est excessivement bien passe. Vendredi, apres seulement cinq toutes petites heures de cars a travers les paysages desertiques de la Patagonie, je fais mon entree a El Calafate, point de depart des differents tours qui sillonnent le sud du Parc National des Glaciers. Ville verte, oasis au milieu du desert, El Calafate subit de belle maniere son essor touristique. Un peu comme Ushuaia, mais pas de port pour y debarquer nos fameux Boat People… L’endroit presente neanmoins un certain charme, et la perspective d’aller voir le glacier Perito Moreno le lendemain suffit a lui pardonner ses quelques defauts.
Samedi, reveil avec les poules et le coq qui hurle a quelques encablures de mon auberge. Je saute dans un bus double etage flambant neuf de la compagnie Always Glacier (non non, on ne se sent pas touriste pour un sou) et direction le Perito. Pendant le trajet, Andres nous livre moultes informations sur la Patagonie, la region, le glacier. Malgre tout cela, je m’avoue totalement non prepare a ce que j’apercois au detour d’un virage. Au loin, le glacier descend vers le lac Argentina, sa paroi avancant dans l’eau jusqu’a la pointe de la peninsule sur laquelle nous nous trouvons. Son avancee se fait en forme de pointe de fleche, la face Sud et la face Nord etant separee par notre mince bande de terre… Le Perito est le seul glacier de la region qui avance encore. Et pas un peu : deux metres par jour ! Dans les jours-semaines qui viennent aura lieu la « rupture », moment ou la pointe du glacier, en contact avec le continent, s’effondrera sous la pression exercee par l’eau du lac… Impressionnant !!! Le bus nous depose au debut des balcons, et je commence l’approche de la paroi Sud du glacier. 40 a 60 metres de hauteur (110 sous l’eau !), 2,5 km de long, l’ensemble est majestueux. Au fil des deux heures dont nous disposons, nous assistons a la chute de morceaux de ces parois, la reverberation et les ondes provoquees par les blocs rendant le spectacle dramatique.
Une fois l’ensemble des balcons epuises, direction le « port », ou un catamaran nous attend pour nous amener un peu plus pres du glacier. Ma frustration est sensible quand j’apprends que nous resterons a 300 metres minimum des parois. Apres seulement 10 minutes de navigation, et alors que nous sommes dans le perimetre des 300 metres, 40 metres de parois s’effondrent juste devant nos yeux. Ma frustration s’evanouit directement lorsque je vois l’eparpillement des blocs, et surtout l’onde de choc provoquee : deux enormes vagues se rapprochent a grande vitesse de notre embarcation. Notre capitaine a juste le temps de positionner son navire pour que l’absorption se passe au mieux. L’eau bouillonne encore, nous tanguons, je venere les 300 metres !
Dimanche, je m’occupe de reveiller le coq et ses poules. Mon bus m’emmene a El Chalten cette fois, dans la partie Nord du Parc des Glaciers. El Chalten, c’est 2000 habitants, des rues ou les trottoirs commencent seulement a apparaitre, et ou les connexions internet font regretter le temps de la machine a ecrire… C’est aussi le village que l’Argentine s’est empressee d’etablir pour pouvoir justifier son droit sur le territoire des Glaciers presents dans la region. Et quand on sait que le Parc represente la troisieme reserve d’eau potable du monde, apres l’Antarctique et le Groenland, il est clair que la region represente un interet geo-strategique important… Bien joue !
Juste derriere le village, le Fitz Roy et le Cerro Grande, quelques glaciers, et des sentiers a parcourir au coeur de la nature. De la route qui nous y conduit, la vue est splendide. J’avais legerement hesite a venir jusqu’ici, devant etre le 23 a Santiago, je commence a rationner mes differentes etapes. Au final, je suis ravi ! Il souffle un bon vent a decorner un bouquetin (?), la poussiere vole, ce n’est pas encore Disneyland, et les paysages au coeur du parc ont l’air grandioses.
Ce lundi, je m’arme donc de deux bouteilles d’eau et d’un petit paquet de biscuits chocolat-vanille (un ersatz de Choco-Prince locaux, pas desagreables ma foi). Direction le Cerro Grande, mont culminant a plus de 3100 metres, au pied duquel se trouve lagune et glacier. 4h aller – 4h retour. Le temps est clement, le vent leger en debut de parcours. Un panneau a l’entree du sentier me conseille de ne pas faire le trajet seul, des pumas rodant dans la region. Je ne m’y arrete pas, j’adore les chats. Un puma, c’est un gros chat et au pire, mes biscuits chocolat-vanille seront parfaits pour lancer une negociation… Apres 3h de marche, j’arrive au pied de la lagune. Le glacier se dessine au loin, occupant toute la paroi de la montagne. Une heure d’effort supplementaire, et j’arrive au sommet d’une butte, donnant une vue beaucoup plus proche du glacier. Le Cerro Torre est dans les nuages, le soleil inonde le glacier.
Lors de mes precedentes compositions, j’avais deja evoque le vent qui soufflait sur la Patagonie. Aujourd’hui, je lui ai parle, je l’ai combattu, je l’ai insulte, je l’ai vaincu. Lors de la derniere heure de ma balade, le sentier se retrecit fortement et est compose principalement de rocs et cailloux disposes en tous sens. Avec une denivelee relativement forte par endroits, le chemin reste neanmoins accessible si le vent ne s’en mele pas. Mais voila ! Eole, ayant decrete qu’il ne supportait pas mon air goguenard de limace suante sous le soleil, a decide de s’en donner a coeur joie. Jamais je n’ai connu de vents d’une telle intensite (n’allez pas sortir cette phrase de son contexte !). Soufflant de maniere continue ou en rafale, c’est tout mon equilibre qui est fausse. Et le sac a dos contenant victuailles, vetements chauds et appareil photo n’est pas la pour diminuer ma surface de contact… Plus d’une fois, je me suis senti comme le moustique qui se prend un pare-brise a 160 km/h, et plus d’une fois, j’ai du m’accroupir pour reprendre respiration et equilibre. Le moment le plus critique fut certainement celui ou, tentant de prendre une photo du glacier, une rafale m’a tout simplement fait choir sur un lit de plantes qui, heureusement, a amorti ma chute…
De retour a El Calafate, tout endolori, je sieste une petite heure avant de venir poster ce message (en esperant que la connexion ne plante pas au moment ou je clickerai sur Envoi… If you read this…). Demain, je pars pour Los Antiguos, douze heures plus au Nord, juste a la frontiere avec le Chili. De la, je devrai composer un itineraire approximatif pour rejoindre les iles chiliennes de Chiloe. Les connexions entre les differentes villes de cette region ne sont pas des plus simples, je n’exclus pas la possibilite de reprendre un petit coucou pour abreger mes temps de trajet…
Sur ces bonnes paroles, je m’en vais vite me jeter une soupe de potiron, specialite des villages a proximite du Parc si j’en crois leur presence sur toutes les cartes que je consulte. J’en suis raide dingue !
Dieu du ciel ! Une semaine que je n’etais pas venu alimenter ce blog. Apres un mois, on sent deja transparaitre un certain laisser-aller !
Comme explique precedemment, c’est via Puerto Williams que j’ai fait mon entree au Chili. Mon amour pour l’endroit n’a fait que se confirmer tout au long de mon sejour. Le jeudi, petite journee tranquille, passee principalement a lire Lunar Park, l’un des derniers Bret Easton Ellis et qui m’a totalement scotche. Impossible de decrocher, il fallait que je le termine, meme si la fin est quelque peu tarabiscotee.
Et tant qu’a faire une petite parenthese sur les bouquins qui m’accompagnent pendant ce sejour, me voila dans le pate, ils sont tous finis. Plus rien a lire si ce n’est mes Lonely, et les auberges pratiquant l’echange de livres ne sont pas legion. Reste donc a tenter de soudoyer d’autres voyageurs ayant des lectures similaires aux miennes. Je creuse… L’un des livres qui m’a le plus marque est sans aucun doute Extremement Fort et Incroyablement Pres de Jonathan Safran Foer. A lire, vraiment. L’histoire est drole, emouvante et si vous avez envie de suivre Oskar dans ses peripeties, jetez vous sur ce livre…
Vendredi, et pour bien profiter de ma derniere journee a Puerto Williams, j’entreprends l’ascension du Cerro Bandera. A une heure du centre, il culmine a 600 metres, et donne une vue spectaculaire sur le canal de Beagle et sur les Dents de Navarino, la chaine de montagne situee sur l’ile. Une bonne petite balade d’une demi journee a travers la foret qui le recouvre quasiment entierement, jusqu’au sommet, ou on debarque sur une vaste etendue rocailleuse ou seuls quelques petits arbustes subsistent. Le drapeau chilien flotte grace au vent qui se dechaine, le ciel est couvert et menacant. Seul, je developpe une legere phobie face a cette immensite et aux elements qui peuvent s’y dechainer. Etrange impression, qui accroit le sentiment de satisfaction procure par le fait d’etre monte « si » haut pour profiter de la vue (en rentrant, j’attaque le Signal de Botrange !!!).
A Puerto Williams, on trouve quelques petits restaurants fort sympathiques. Apres cette journee legerement physique, je me dirige vers une petite pizzeria, ou je retrouve Andrea, un italien logeant dans mon auberge. Attable avec un couple chilien en vacances, ils viennent de commander des pizzas Centolla (recouvertes de King Crabs locaux). Je me joins a eux apres avoir pris soin de commander une Familial (j’ai tres tres faim) et nous passons la soiree a converser dans un espagnol approximatif. La veille, j’avais teste la cantine locale qu’est le restaurant situe sur la place principale du « centre commercial ». Pas de cartes, juste le menu du jour. Je fais confiance a la mama, et recois une delicieuse soupe de legumes-poulet suivie de frites surmontees d’un oeuf sur le plat. Charme par le service et l’audace culinaire du chef, j’y retourne le soir, pour profiter d’une nouvelle soupe de legumes (differente du midi, le poulet est remplace par de la viande, la mama insiste) et d’un filet de poulet servi avec son riz-guacamole. Simple mais delicieux ! Les hommes du village assistent a un match de football entre une equipe chilienne et une equipe venezuelienne, les cadavres de bouteilles d’1L de biere couvrent les tables et c’est l’euphorie generale quand le Chili marque un goal…
Samedi, direction l’aerodrome local pour prendre un avion un peu plus grand que le precedent. Direction Punta Arenas, la derniere grande agglomeration au sud de la Patagonie. Vol sans encombres dans un vieux coucou ou la proximite est de rigueur. En milieu d’apres midi, je prends mes quartiers dans une auberge relativement rustique mais confortable, ou pas loin de 25 lits se partagent deux pieces en enfilade separees par de maigres rideaux. Le centre-ville est plutot beau, compose d’anciens batiments et d’une belle place ombragee. Je fais mon shopping d’activites, reserve mon prochain bus, et file me coucher.
Dimanche, je passe la matinee a me promener dans les rues entourant la plaza de Armas. Rapide passage au supermarche, je vais m’installer sur un banc face a la statue de Magellan qui trone en son centre. L’occasion d’observer tous les « Boat People » qui paient une fortune pour leur croisiere et qui, quand ils ont l’occasion de poser le pied sur le continent, s’empressent de monter dans un bus pour parcourir 700 metres, faire un rapide tour des etals ou on leur propose casquettes, pingouin en peluche et autres ponchos colores, avant de vite remonter dans le car et de rejoindre leur navire… Ma digestion terminee (les Boat People me fascinent, je reste un long moment a les observer), direction le Mirador, ou la vue sur la ville est surprenante et chargee de couleurs. Le temps de rejoindre mon auberge et j’embarque dans un mini-van, direction les pingouins de Seno Oatway. Une heure de route, et une magnifique reserve ou les pingouins deambulent entre les pontons de bois amenages pour les intrus que nous sommes. L’excursion coute a peine plus qu’une nuit a l’auberge, et je suis surpris par la qualite du produit. Une tres chouette maniere de terminer la journee, et de revoir mes amis alcides…
Lundi, je prends la route pour Puerto Natales, a 5h plus au Nord. Le point de depart de deux grands parcs : Torres del Paine et Bernardo O’Higgins. Je rejoins l’auberge que Benoit, un francais rencontre a Ushuaia, m’a conseille. L’accueil est exceptionnel, l’ambiance tranquille, j’adore. Comme d’habitude, je passe une bonne partie de l’apres-midi a analyser les differentes possibilites qui nous sont donnees pour visiter les alentours. Mon choix se porte sur une « croisiere » d’une journee dans le Parc O’Higgins, et sur un rapide tour de Torres Del Paine. Il est possible d’y effectuer un trek de 5 jours, mais pour des raisons dorsales, je prefere me la jouer tranquille…
En passant rapidement sur internet, je commence egalement a regarder comment il me serait possible de rejoindre l’Ile de Paques sans devoir depenser une fortune. Le constat est alarmant : rien que l’avion coute entre 1000 et 1500 US dollars, et les frequences de vols permettent soit de tres courts sejours (il est possible de payer 1400 US dollars et de faire l’aller-retour le meme jour !) soit des sejours d’une semaine… Je me dis qu’a ce prix la, ca vaut la peine de dormir un peu dessus. En fin d’apres-midi, je repasse rapidement sur le site de la LAN, pour voir si les prix ont evolue et s’il devient urgent de reserver (comme si en une journee, tout basculait…). Je chipote pendant pres de deux heures, surfant a gauche et a droite, et surtout plus en profondeur sur le site de la LAN. Et la, miracle. Je trouve un prix a trois chiffres. Mon coeur commence a battre plus rapidement. S’il faisait plus chaud, je serais en nage. Je bats du pieds, me frotte les yeux, retire mes lunettes et colle mon nez sur l’ecran pour etre sur que je ne reve pas. De 1404 Us dollars, je passe a 629. Une date aller, une date retour. Pas de flexibilite, c’est le seul choix possible. Je pense n’avoir jamais aussi vite degaine ma VISA. Cinq minutes plus tard, je recevais mon mail de confirmation. L’auberge suit directement, et pour 500 euros, je m’offre une semaine avec les Moais, du 23 au 30 mars. Je passerai le Dimanche et le Lundi de Paques sur l’ile de Paques. Ils ont interet a avoir prevu des oeufs en quantite suffisante, car je compte bien faire une razzia !
Mardi, reveil tres matinal, direction le port de Puerto Natales. J’embarque sur un bon vieux bateau, et nous entamons notre croisiere. Apres 3h30 de navigation, le glacier de Balmaceda emerge des nuages.
Lors de mes quelques conversations avec les taximens-proprio d’auberges-locaux rencontres-au-hasard-d’un-repas, j’ai souvent evoque avec eux le probleme du rechauffement climatique. Dans toute la partie Sud de la Patagonie, je suis surpris par la maniere dont je « ressens » le soleil. Piquant, agressif, aveuglant. A Puerto Williams et Punta Arenas, de nombreux panneaux indiquent le niveau des UV pour la journee et recommandent a la population de porter lunettes de soleil et creme protectrice en permanence. Depuis quelques annees, les hivers se font de plus en plus doux. La ou 20 ans auparavant, 60 centimetres de neige recouvraient les rues de Punta Arenas, c’est a peine si 5 centimetres tiennent deux jours ces dernieres annees. Le glacier Balmaceda arrivait au niveau de la mer il y a 15 ans. Aujourd’hui, on peut deja constater comme il a fondu. A Puerto Williams, de -20 degres en hiver, on en a -10 maintenant. Et selon les meteorologues, un changement de 6 degres suffiraient a provoquer l’inondation d’une bonne partie des terres emergees… En Patagonie du Sud, la population est reellement confrontee au probleme climatique, et les autorites commencent seulement a prendre des mesures, en mettant un accent plus fort sur le recyclage notamment.
Apres le Balmaceda, nous avons l’occasion de descendre du bateau et de marcher a la rencontre du Serrano. Des morceaux de glace flottent dans la lagune, comme de gros glacons. Au loin, on entend le glacier gemir. Dans ce qui pourrait paraitre un roulement de tonnerre, une mini-avalanche est en train de se produire. Nous aurons l’occasion d’entendre ce grondement a de maintes reprises durant notre marche. Malgre le temps nuageux, ce petit tour en bateau valait la peine.
Mercredi, rebelotte, je me leve avant le soleil. Cette fois, c’est Torres Del Paine et la Cave du Milodon qui sont au programme. Premier stop dans une caverne ou les restes d’un Milodon furent retrouves il y a quelques temps. La bestiole, morte il y a plus de 10.000 ans, faisait 3 bons metres de haut. L’acces a la caverne etait bloque par un glacier, mais au fil des annees, le vent et l’eau ont fait leur oeuvre, creusant la roche… La journee se passe entre les differents miradors du parc, ou les vues sur les Tours sont toutes plus belles les unes que les autres. Independants de la Cordillere des Andes, ces monts de granit se dressent fierement vers le ciel, entoures de lacs a l’eau turquoise et du glacier Grey. Les paysages pour s’y rendre sont magnifiques et nous apercevons autruches, lamas, condors, renards,… La Patagonie chilienne est de loin plus belle que sa voisine Argentine !
Jeudi, c’est conge. Pepere, les doigts de pieds en eventail, je me la coule douce. Demain vendredi, depart pour El Calafate et son glacier Perito Moreno. De retour en Argentine pour quelques jours…
J. aka el Sunblocker
Au terme de cette troisieme semaine, me voila donc arrive au sein du village le plus austral de notre planete. Envie etrange que celle de vouloir l’atteindre finalement, car si on continue a descendre, on ne risque pas de tomber de l’assiette, mais bon… J’y suis, et j’y reste.
A Puerto Williams, on ne surfe pas sur la latitude, sur la fin du monde. On le proclame discretement sur quelques autocollants, en petites lettres imprimees sur certaines devantures. Pas de marketing a la Ushuaia. Les paquebots de croisiere sont remplaces par des chalutiers, le supermarche Carrefour par un minimercado sans frigos, les meutes de touristes par quelques trekkers…
Mais avant de parler de Puerto Williams, revenons brievement a la genese de cette semaine.
Dimanche, comme prevu, j’embarque sur un petit voilier avec cinq autres touristes. Direction le phare des Eclaireurs, en passant par de petites iles abritant colonies de cormorans et hordes d’elephants de mer. Le temps est parfait, soleil et pas un pet de vent (pas de mauvais jeux de mots), nous naviguons au moteur. Les quatre heures de trajet sont un regal. A gauche, l’Argentine et Ushuaia. A droite et derriere nous, le Chili, ses montagnes et leurs sommets enneiges. Le tout me donne envie de prendre des cours de voile une fois de retour… La soiree se deroule tranquillement a l’auberge, avant de devier vers un pub irlandais (ils sont partout) avec un petit groupe de backpackers de l’auberge.
Lundi, je m’octroie un bon vieux Day Off. Je glandouille toute la journee, reserve mon vol pour Puerto Williams a l’aeroclub et en profite pour terminer Into The Wild, mon bouquin du moment. Rien de transcendant donc, si ce n’est le temps qui est a nouveau magnifique. Avant d’arriver a Ushuaia, et lorsque je consultais la meteo sur le net, tout n’etait que froid et averse. Depuis mon arrivee, je n’ai eu que soleil et balades en T-Shirts. Selon le tenancier de l’auberge, en short ce jour-la, cela faisait quatre ans qu’il n’avait plus eu l’occasion d’en porter…
Histoire de terminer mon sejour a Ushuaia en beaute, je pars a la decouverte du Parc National de la Terre de Feu mardi en debut d’apres midi. La pizza de l’avant veille ayant provoque quelques sequelles au sein de mon organisme, je me la joue plutot tranquille et choisi un sentier de 10km le long du lac, de difficulte moyenne. Un parcours de sante en somme, durant lequel je croiserai de nombreux lapins (enormes !).
Je commence a fortement ressentir le besoin de bouger. Ces 5 jours a Ushuaia m’auront permis de nouer des liens plus profonds avec d’autres voyageu(-euses)(-rs). Cinq jours, et on se sent chez soi…
Mercredi matin, je deboule a l’aeroclub a 9h30 tapantes, pret a prendre place a bord de mon coucou. Stupeur a ma descente du taxi (sans tremblements) : entre mon reveil et mon arrivee sur la piste, un epais brouillard s’est leve et recouvre la baie. Impossible d’y voir a plus de 300 metres. Mon bon sens legendaire me fait dire que le decollage risque d’etre un peu complique, mais qu’avec les instruments, ca devrait le faire. Un peu angoisse quand meme (pas envie de voir mon vol annule), je rentre dans la salle faisant office d’accueil et tombe sur un vieux briscard au blouson de pilote. Il me serre chaleureusement la main, ce sera mon chauffeur. Apres quelques formalites, il me confirme qu’un depart On Time est plus que compromis, hors de question de voler par un temps pareil. Le brouillard est rare ici bas, mais on a le temps, c’est moi qui paie. J’adhere a sa philosophie et, ainsi proclame Maitre du Temps, nous attendons patiemment que le vent se leve pour nous degager tout ca. En entendant mon souhait de suivre des cours de pilotage une fois de retour au pays (je sais, le voilier + l’avion, ca fait beaucoup, mais bon…), Buck Danny m’emmene dans un hangar et me fait asseoir dans le biplace qui sert a l’instruction des futurs pilotes. Pendant 20 minutes, je peux chipoter aux flaps, au manche, a la radio,… Il m’explique longuement le role de chaque cadran, m’inculque deja le concept d’attention distributive (surveiller constamment le tableau de bord). Je suis comme un gosse. Et selon Omar (prenom officiel de Buck Danny), tous les pilotes sont des gosses… La formation coute 2000 dollars pour 40h. L’avion en coute 35000. Je me tate :o).
Petit a petit, la brume commence a disparaitre. Vers 10h30, on est pret a decoller. Je prends place a l’arriere de l’avion, l’avant etant occupe par Silvio, pilote encore en apprentissage, et Omar, son instructeur. Le concept est bien trouve : ce sont les touristes qui paient pour que l’eleve puisse voler et arriver ainsi au nombre d’heures requises pour postuler aupres des grandes compagnies aeriennes. Le touriste quant a lui se pose la question de savoir s’il ne prefererait pas voir le vieux briscard aux commandes, mais fini par se dire qu’il a l’air d’etre en de bonnes mains.
Cinq minutes apres le decollage, l’avion effectue un virage sur babord, et entame sa descente vers l’aeroport international d’Ushuaia (une piste, deux gates…), ne retrouvant une position horizontale que quelques secondes avant de toucher le bitume de la piste… Passage oblige par la douane, et nous avons le temps de rapidement prendre un cafe avant de reprendre notre route. Omar m’explique que c’est le fax qui a detruit le Concorde, que le jour ou je prendrai des cours de pilotage, j’arreterai de fumer et que, grace aux pourboires laisses a la fin des vols, ils financent la bibliotheque de l’aeroclub (tres tres finement joue ! Finaud Omar !). L’immigration passee avec succes, c’est reparti pour un tour. Tour de controle, checklist, tour de controle, decollage, survol du Canal de Beagle pendant 25 minutes et nouvel atterissage, en terre chilienne cette fois.
Je suis ravi, content, emballe. De 58000 habitants, je passe a 2250. De la ville touristique, je me retrouve dans une base navale tranquille, verdoyante et coloree. Puerto Williams, contrairement a Ushuaia, tient les promesses que je lui ai faites faire.. Le village est parseme de petites maisons blanches ou colorees, style canadiennes, construites pour resister a des temperatures extremes (meme si depuis 20 ans, les -20 degres hivernaux sont devenus -10 !). Les rues sont en terre, chaque habitation possede un petit jardin dans lesquels jouent des enfants. Les chiens paressent tranquillement sous les porches, de la fumee s’echappe des cheminees en aluminium. Le tout respire la tranquilite, et c’est beau !
Je prends mes quartiers dans une auberge du centre et pars me balader. La mission du jour : trouver un moyen de reserver le ferry hebdomadaire qui devrait m’emmener a Punta Arenas au terme d’un voyage de 40h. Apres un coup de fil et un mail, j’apprends que tout est complet pour les semaines a venir. Le ferry est le seul moyen pour Puerto Williams de s’approvisionner, et la demande est forte. Quelque peu decu, je me rabats sur l’avion. Plus economique, plus rapide, au lieu de croiser entre les montagnes, je les survolerai…
Au programme de ce jeudi, et probablement de demain, balades dans les environs, photos si soleil. Le rythme devrait fortement s’accelerer maintenant. Direction au Nord, bien plus au Nord…
J. aka el Perdido