Note : ★★★½
Il y a chez Werber une générosité d’auteur qui force le respect, même quand elle agace. Cet homme veut tout dire, tout partager, tout expliquer, et La Voix de l’arbre ne fait pas exception à cette règle qui est aussi bien sa force que sa limite. On ouvre le livre avec la curiosité qu’on réserve aux conteurs habiles, ceux qui savent que le monde recèle des mystères que la science effleure à peine, et on le referme avec un sentiment mélangé, quelque chose entre l’émerveillement sincère et la légère frustration de n’avoir pas été traité tout à fait en adulte.
Un sujet qui méritait ce livre
Le choix du végétal comme territoire narratif est, en soi, une belle intuition. La recherche scientifique sur la communication des arbres, sur leurs réseaux souterrains de champignons, sur leur mémoire et leur sensibilité, est l’une des aventures intellectuelles les plus vertigineuses de ces dernières décennies. Werber s’en empare avec l’enthousiasme d’un enfant qui vient de découvrir que le monde est plus grand qu’il ne le croyait, et cet enthousiasme est communicatif. Les passages consacrés à la vie intérieure des arbres, à leur rapport au temps, à leur façon silencieuse d’occuper l’espace, ont une qualité presque méditative qui constitue le meilleur du livre.
On sent que l’auteur a lu, fouillé, interrogé. Le substrat scientifique est solide, ou du moins suffisamment solide pour emporter l’adhésion du lecteur non spécialiste, et Werber a ce talent rare de rendre la complexité désirable sans jamais la trahir complètement.
Quand la pédagogie étouffe la littérature
C’est précisément là que le bât blesse. Werber ne résiste pas à l’envie d’expliquer ce qu’il vient de suggérer, de souligner ce qui aurait gagné à rester dans l’ombre, de transformer en leçon ce qui fonctionnait comme une impression. La main de l’auteur se fait sentir un peu trop souvent, un peu trop lourdement, comme si le lecteur ne pouvait pas être laissé seul avec une métaphore sans qu’on lui en précise le sens.
Les personnages, eux, peinent à exister vraiment en dehors de leur fonction narrative. Ils sont des véhicules pour des idées, et Werber en est conscient au point de ne pas toujours chercher à dissimuler le mécanisme. C’est un choix, et certains lecteurs s’en accommoderont sans peine, mais ceux qui attendent d’un roman qu’il les habite encore quelques jours après la dernière page pourraient rester sur leur faim.
Ce qui demeure
Il serait injuste de ne pas reconnaître ce que le livre réussit vraiment. Werber a une façon de réconcilier la curiosité scientifique et le sens du merveilleux qui est presque une marque de fabrique, et elle fonctionne ici comme elle a fonctionné dans ses meilleurs textes. Certaines scènes, celles où le végétal et l’humain se frôlent dans une proximité inattendue, atteignent une poésie sobre et juste qui rachète les maladresses alentour.
La Voix de l’arbre est un livre qui donne envie de sortir marcher sous les arbres, d’en poser la paume sur l’écorce, d’écouter ce que le silence des forêts raconte à qui sait ralentir. C’est déjà beaucoup. Ce n’est simplement pas tout à fait assez pour en faire un grand roman.
Note : 3,5 / 5 Pour les curieux du vivant, les amateurs de Werber, et tous ceux qui regardent les forêts autrement depuis qu’ils ont entendu parler du Wood Wide Web.
