Note : ★★★★☆
Une ascension plus intérieure que festive
The Mountain arrive comme un disque d’humeur et de matière, moins centré sur le grand single que sur le voyage. Gorillaz y retrouve ce talent particulier : transformer une idée assez simple, monter, traverser, tenir, en album-monde. La couleur dominante n’est pas la noirceur frontale. On est plutôt sur une gravité diffuse, parfois lumineuse, qui donne l’impression d’un groupe qui regarde derrière lui, tout en continuant d’avancer.
Un Gorillaz kaléidoscopique, mais plus cohérent qu’il n’y paraît
On entend beaucoup de textures venues d’ailleurs, notamment des timbres et motifs indiens, cordes, percussions, drones, ornements mélodiques. Tout cela se frotte aux habitudes maison : basses rondes, refrains obliques, beats élastiques, synthés brumeux. Sur le papier, cela pourrait ressembler à un patchwork de plus. En pratique, l’album tient par sa ligne émotionnelle et par une production qui privilégie l’air, l’espace et une forme de transe pop.
Les invités, la force et parfois la limite
Comme souvent chez Gorillaz, les featurings ne sont pas un gadget. Ils dessinent la géographie du disque. Certains passages donnent l’impression d’une conversation à plusieurs époques, avec des voix qui reviennent comme des fantômes bienveillants. D’autres apportent un angle sec, urbain, presque journalistique. Quand ça marche, c’est superbe, avec une énergie neuve dans un cadre très travaillé. Quand ça marche moins, l’impression inverse surgit : trop d’idées dans la même pièce, et un morceau qui peine à respirer.
Des moments très forts, et quelques excès d’ornement
Le morceau-titre The Mountain pose immédiatement le décor : ample, cinématographique, presque rituel. The Moon Cave a ce mélange typiquement Gorillaz de chaleur soul et de collage vocal, qui donne envie d’y revenir. The Happy Dictator amène une tension pop plus ironique, plus scénique. The Manifesto, long et mouvant, est un de ces titres qui osent tout. Par moments, il frôle l’excès, mais il finit par justifier son ambition. Plus loin, Damascus et Delirium ramènent une aspérité bienvenue, un grain plus brut, qui évite au disque de trop se lisser.
Le revers, c’est que certains titres semblent chargés à bloc. Trop de couches, trop de signaux, un mix qui préfère l’effet à l’évidence. Ce n’est jamais raté, mais parfois un peu sur-produit, comme si l’album refusait le silence.
Verdict
The Mountain est un disque ambitieux, très travaillé, et plus touchant qu’il n’en a l’air au premier passage. Il n’a pas toujours la simplicité mélodique qui ferait de chaque titre une évidence, et il s’autorise quelques longueurs ou embouteillages de production. Mais l’ensemble tient par sa vision, sa palette sonore, et cette manière de faire cohabiter pop, spiritualité, deuil et énergie collective sans tomber dans le décoratif. Un Gorillaz dense, parfois trop plein, mais souvent inspiré, et qui laisse quelque chose après écoute.
