Avec ce livre, Matthieu Delormeau fait quelque chose que peu de personnalités médiatiques osent vraiment : se montrer laid. Pas dans le sens performatif du « j’ai souffert mais j’ai gagné », mais dans le détail concret, presque clinique, d’une existence que la drogue a méthodiquement démantelée. Derrière le personnage de chroniqueur grande gueule, figure clivante de la bande de Cyril Hanouna, se cache une histoire bien plus intime qu’il choisit de raconter dans ce témoignage. Le résultat est inégal, mais rarement indifférent.
Quand le confort devient le piège
Matthieu Delormeau explique comment une première prise de GHB, au départ perçue comme une solution à son anxiété, a déclenché un engrenage qui lui a tout pris. Ce que le livre réussit dans ses premières pages, c’est précisément de décrire ce mécanisme sans chercher à s’en innocenter. Delormeau dit lui-même : « Toute ma vie, j’ai choisi la facilité. Le jour où j’ai chuté, j’ai encore une fois choisi la facilité : la drogue. » Cette lucidité sur soi, énoncée sans grandiloquence, est ce qui donne au livre sa colonne vertébrale.
L’engrenage raconté de l’intérieur
Au plus fort de sa consommation, Matthieu Delormeau ingérait environ 4 grammes de cocaïne et 15 millilitres de GHB par jour. À ce niveau de dosage, le corps frôle la rupture. Il reconnaît avoir eu une chance immense de ne pas subir d’arrêt cardiaque. Ces chiffres ne sont pas là pour impressionner. Ils servent à matérialiser quelque chose d’abstrait pour qui n’a jamais vécu de dépendance : la progression insensible vers un seuil que l’on ne perçoit plus soi-même.
Pendant deux ans, il est sorti deux fois de chez lui. Il a vécu 700 jours dans son appartement, devenu complètement paranoïaque et agressif. Sa relation avec sa sœur Philippine a été gravement touchée, notamment après la publication accidentelle d’une vidéo intime sur Instagram. Bien qu’une réconciliation ait débuté sur le plateau de TBT9, les blessures émotionnelles restent profondes. Ces épisodes, racontés sans ménagement, sont les moments les plus forts du récit. On est loin du mémoire édifiant qui rassure le lecteur : ici, les dégâts relationnels ne se réparent pas d’une phrase.
Ce que le livre peine à creuser
Le problème d’Addictions, et c’est là que son score mitigé se joue, est que le livre reste souvent à la surface de ce qu’il décrit. Derrière l’image publique, Delormeau prétend raconter la fragilité, les choix, les failles et la lente reconstruction, sans chercher d’excuse, sans se dérober. L’intention est réelle, mais l’exécution est parfois décevante. On attendrait une plongée dans les mécanismes psychologiques plus fouillée, une tentative d’expliquer ce que la dépendance fait à la pensée, au désir, à la perception du temps. Ce travail d’introspection reste à hauteur de chronique télévisée : direct, rythmé, accessible, mais pas toujours profond.
La partie sur la reconstruction est, paradoxalement, la plus mince du livre. Delormeau raconte la décision d’entrer en cure, la difficulté du sevrage et le long chemin vers la guérison, sans s’accorder d’excuses. Mais ce chemin, justement, méritait plus de place que ce que le livre lui accorde. Le lecteur sort du livre en ayant compris la chute mieux que la remontée.
Un témoignage utile, pas un grand livre
Addictions n’est pas littérature. C’est un témoignage honnête, parfois courageux, dont la valeur principale est d’ordre documentaire et social plutôt qu’esthétique. Matthieu Delormeau se livre sur l’engrenage du chemsex, les excès, les chutes, puis le difficile travail de reconstruction, avec cette franchise brute qui le caractérise. Cette franchise, qui peut agacer à l’écran, fonctionne mieux à l’écrit, parce qu’elle n’est plus mise en scène pour un public en direct.
Pour quelqu’un que le sujet concerne de près, ou pour qui la figure de Delormeau existe au-delà du petit écran, ce livre aura probablement un impact réel. Pour le lecteur qui espère une réflexion sur l’addiction en tant que phénomène, il faudra compléter ailleurs.
